The Artist : un hommage au cinéma (plus que) réussi

Publié le par la-une-liberte.over-blog.com

                        THE ARTIST : 

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   Le film de M. Hazanavicius, mis en compétition à peine trois jours avant l'ouverture du 64 ème festival de Cannes, mérite bien son quart d'heure d'applaudissements ininterrompus.

 

Tout est une incroyable histoire de destin : du refus de Jean Dujardin, avant de foncer deux heures plus tard dans l'aventure, au prix d'interprétation de celui-ci, en passant par l'entrée de dernière minute en compétition au festival qui lui fait une vraie ovation.

 

Certains parlent de révélation pour Jean Dujardin, c'est faux : c'est une consécration. J'ai eu beau chercher, personne d'autre n'aurait pu convenir pour ce rôle muet, ce défi. L'enthousiasme, le côté complètement barré de l'acteur, mais surtout sa formation autodidacte sur les planches font de lui The Artist.

 

 

                       *** L'Avant-première ***

 

             Présent pour la promo du film en France, A LA UNE LIBERTE a pu l'écouter à l'avant-première au cinéma UGC La Défense le lundi 10 octobre.  Quand on lui demande si il a eu peur de faire ce film, il ironise : "J'ai jamais peur, j'ai peur de rien moi".

Simple et drôle, il se demande pourquoi les gens sont là, quelques rigolos cochent la case "gratuité". Dujardin rigole bien. Il reste naturel et fait des blagues au public, il leur demande si certains pensent " qu'ils vont se faire chier ", un seul lève la main au milieu de la grande salle, un culot bien apprécié.

Car Dujardin, pour beaucoup, c'est le marrant qui est resté simple et qui travaille dur ses rôles. On s'était étonné de le voir dans Le Bruit des glaçons il y a encore un an, sombre et dramatique avec le côté décalé de Dupontel, on admire son naturel, on le connaît pour les Nous c Nous, Brice de Nice Un gars une fille, Les petits mouchoirs... mais aussi pour son rôle de OSS 117 réalisé par ... Hazanavicius. Et ou. Et joué aux côtés de qui ? Bérénice Béjo. Le duo marche incroyablement bien, et le costume des années 30-40 leur sied à merveille : c'est simple, on s'y croit, on y est vraiment. L'acteur récompensé explique qu'il a aimé relever ce défi avec elle. On travaille toujours mieux avec une bonne équipe.

 

Surtout, on apprécie ses mots :

                   " Jouer dans un film muet en noir et blanc, c'est un vrai luxe.

                  Les émotions sont décuplées, c'est mieux. On ferme sa gueule. "

 

*** L' EQUIPE DU FILM ***

 

    Quand il en parle dans TV Magazine, Jean Dujardin explique que “ faire un film français à Hollywood, c'est tout de même un défi et le luxe suprême ”. Le travail fut intense : cinq mois de claquettes, deux semaines seulement à Hollywood avant le tournage pour se mettre dans les costumes et ressentir son personnage, trente-cinq jours de tournage pour des raisons économiques ! Car si le film est franco-hollywoodien, le budget est - il faut le souligner - serré.

    On peut ainsi souligner l'enthousiasme de toute une équipe, à commencer par Bérénice Béjo qui aurait mérité le prix de la plus pétillante et qui aura j'espère une nomination aux Césars. Mais aussi, le plaisir rendu à l'écran qu'a pris le chef opérateur Guillaume Schiffman, le sublime Bource pour la musique, et l'apparition de grands noms du cinéma américain qui voulaient participer à cet hommage au 7 ème art : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell. Parlant de ce casting incroyable, Dujardin ajoute lors de l'avant-première qu'ils sont d'aussi bon acteurs car ils ne le montrent pas.

Le casting est en effet superbe sans être prétentieux : des têtes d'affiches françaises, des seconds rôles américains, mais qui font partie de ceux qui respectent l'art et leur chance. On observe ainsi une beauté que le cinéma transporte.

 

 

*** UN HOMMAGE AU CINEMA - CRITIQUE  ***

 

 

   The Artist est l'histoire de destins croisés : ceux de Georges Valentin, star du muet, et de Peppy Miller, sa jeune rencontre, en 1927 ; puis jusqu'au début des années 30, la carrière du premier se trouvant bouleversée par l'arrivée du parlant au cinéma.

 

    Les inconditionnels du cinéma trouveront le bonheur de voir la magie opérer en noir et blanc – standing ovation pour le travail des lumières (Guillaume Schiffman) qui donnent toute une symbolique à l'histoire et tout un sens aux sentiments. Les novices découvriront quant à eux que, oui, il y avait bien des orchestres dans les salles de cinéma, et que oui, ça avait de la classe.

 

    Une classe que notre super acteur français – osons nous vanter – porte à l'écran dès la première scène ( où l'acteur joué joue un personnage dans une double mise en abîme ). On est projeté un peu moins d'un siècle en arrière, en plein burelesque, avec un clin d'oeil aux grands noms du muet, bien sûr une inspiration à la Chaplin ; mais là encore le défi est relevé : rien n'est copié, comme désiré, et la personnalité de Jean Dujardin s'empare de Georges Valentin. On retrouve bien là l'homme de scène et son travail sur le corps.

    Car The Artist ne fait pas du neuf avec du vieux, c'est un savant mélange des deux. Preuve en est de l'humour justement, tantôt caractéristique de cette époque, tantôt moderne par les réfléxions, les jeux de regards... On retrouve les “blagues à deux balles” de notre époque version muette et ça détonne.

Les cartons sont positionnés de manière intelligente comme à l'époque, permettant de suivre l'intrigue comme de la créer – je vous laisse vous amuser d'un certain “BANG!”. Le film s'amuse avec notre culture actuelle, nos codes et c'est ce qui le rend d'autant plus audacieux.

 

    Il demeure un hommage au cinéma et son histoire, dans une mise en abîme constante : l' histoire d'un acteur joué par notre “Prix de l'interprétation” qui vit son heure de gloire grâce au cinéma muet et qui connaît le bouleversement de l'arrivée du parlant, du son. Et notons le bien : The Artist commence en 1927 … année du premier film parlant, j'ai nommé “The Jazz Singer" ( Le chanteur de Jazz ), d'Alan Crosland. 

 

    Ainsi, rien n'est laissé au hasard, le moindre détail y est : du plan panoramique d'Hollywoodland au terme “Kinograph”, affiché à l'entrée des studios où les acteurs jouent aux acteurs … On notera d'ailleurs là le seul problème français du film : la traduction française des cartons écrits en anglais, le “ we have a picture to shoot ” se transformant en “ nous avons un film à tourner”, alors que l'anglais traduit parfaitement la notion d'image du kinographe qui est l'invention même du cinéma.

 

    Dans cette continuité, l'année 1929, avec le krach de Wall Street et la crise économique, va de paire avec l'effondrement de Georges Valentin. L'entrée en jeu du parlant est ainsi notée, l'acteur, alors confronté dans une salle aux essais sons de sa femme actrice, ricanant. Son supérieur rétorque: “ Tu ne devrais pas rire Georges, c'est l'avenir” - “Si ça c'est l'avenir, alors je m'en vais”, réplique-t-il, enclanchant ainsi la suite de l'histoire. Dès le départ l'acteur avait pourtant annoncé qu'il ne parlerait pas, donnant ainsi le ton, comme beaucoup ont déjà pu le dire. Plus important encore la manière dont les personnages muets joués par l'acteur Georges Valentin sur écran dans le film, représentent cet engouffrement dans lequel le personnage principal sombre dès lors.

 

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    On est dès lors absorbé par le jeu, le regard profond, sublimé par la musique de Ludovic Bource. On retrouve l'essence même du travail sur celle-ci, son importance, son impact. Pour cela, le compositeur s'accompagne des musiciens de l'Orchestre philharmonique de Flandres à Bruxelles, auxquels le film fait un clin d'oeil dès la scène d'ouverture.  La musique accompagne parfaitement l'évolution du personnage principal, qui comprend vite les conséquences de l'arrivée du parlant dans le 7ème art, et sombre peu à peu.

 

    La scène suivante, par son incompréhension première, représente cet impact. Le rêve de l'acteur – comportant quelques bruitages – est lui aussi une mise en abîme de l'arrivée du son dans une mise en abîme d'un rêve fait par l'acteur joué par Dujardin … oula c'est que vous vous emmêleriez presque les pinceaux ! Heureusement le film est fait d'une manière intelligente, fine, et originale. La scène lyrique relève à la fois de la psychologie tourmentée du personnage, tant par son interprétation que par sa construction, mais aussi d'un impact plus profond, à une autre échelle. En effet, on retrouve dans cette scène les singes de la sagesse, traduisant le bouleversement des sens créé par l'innovation du parlant, et représentant en parallèle le cinéma moderne. Leur maxime pouvant également signifier “ Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal ”, les singes représentent l'état de Georges Valentin : sa volonté de ne pas croire au changement, de ne pas le voir, autant que l'impact sur son monde – celui du passé - dans lequel il est désormais enfermé. Le bruitage apporté dans cette scène ajoute à ce côté quasi aliéné de l'artiste.

    C'est alors le début d'une descente aux enfers, symbolisée par la scène de l'escalier, poétique qui plus est. Alors que Georges Valentin les descend, signant la fin de sa carrière, Peppy Miller monte, pour se retrouver en haut de l'affiche. Une traduction parfaite de leur carrière comme de leurs destins croisés.

On retrouve la même idée, alors que l'acteur lui cède sa place dans un restaurant, mais on ne va tout de même pas vous dévoiler chaque scène.

Et chapeau bas à Mrs Béjo au passage, car  jamais un sifflement muet ne paraîtra si réel, si juste, si vivant, alors chapeau l'artiste !

 

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   Et oui, Mrs Béjo, c'est une artiste aussi. Quelques rares critiques scandent qu'elle ressemble trop aux actrices des années 30-40, qu'on joue trop sur la ressemblance, qu'il n'y a pas de contenu dans son jeu. Des gens qui n'ont certainement rien saisi. Tout est là justement : Béjo reste Béjo, tout en pouvant être une de ces actrices. Là, est toute la magie. On a en face de nous, projetée sur l'écran en même temps que sur les feux de la rampe, celle au profil parfait pour incarner l'actrice pétillante des années 30. On se plaît d'ailleurs à retrouver l'ambiance hollywoodienne des salles de ciné, et des premières de magazines très vintage aujourd'hui. Moderne dans son rôle et son expression, elle reprend les gags et mimiques à ne pas manquer pour rendre hommage à cette période. Gaie, splendide, son clin d'oeil nous enchante encore plus que celui d' Elizabeth Montgomery (Ma sorcière bien aimée).

A ceux encore, qui trouve une histoire à l'eau de rose, j'oserai répondre que le film ne pourrait être représentatif d'une époque sans cet amour, cette rencontre. Et là encore, le jeu innove, l'histoire prend corps, la légéreté de leur idylle prend des allures plus sérieuses, et transcende les amoureux bouleversés du cinéma.

Bérénice Béjo est ainsi plus que touchante dans sa tentative d'aide au grand Georges Valentin.

 

   La mise en scène joue sur les jeux de miroirs à plusieurs reprises, reflet d'un monde passé, d'une nostalgie tout comme de l'état d'esprit de l'acteur, qui y voit flou et n'est plus que l'ombre de lui-même. La forme apporte plus que jamais au contenu explicitant les non dits de l'artiste.

 

On observe avec empathie un homme ne comprenant plus rien dans l'expression même du muet, se trouvant brutalement confronté à un monde qui n'est plus le sien : sans le muet, et dans la révolution qu'engendre le parlant.

Un beau travail en mémoire aux métiers du cinéma, aux artistes, techniciens, ayant connu l'irréversible - jusqu'aujourd'hui, obligés de s'adapter ou de voir leur carrière s'effondrer.

 

Un film prenant, touchant, subtile, audacieux, drôle, frais : juste incroyable. Vous passerez du rire aux larmes, alors allez le voir !

 

Une ovation pour avoir relevé cet incroyable défi, pour ne pas être tombé dans le surjeu, pour ce chien incroyable qui peut faire penser à un acolyte de Disney et qui se trouve être le formidable compagnon - même plus puisqu'il est dans la continuité de son maître : il fait du skate, nous raconte Jean Dujardin, mais surtout il a bien mérité sa Dog Palm !

Il en va de même pour le réalisateur, les techniciens, particulièrement ceux des lumières, la musique sans laquelle ce film n'aurait pu être tout simplement, les acteurs, les figurants, tous formidables. Ce film vit, tout simplement.

Merci pour ce spectacle de claquettes tellement incroyable qu'on aimerait qu'il ne se termine pas.

 

La fin nous pince le coeur pour une double raison que je vous laisse découvrir par vous-même. Elle suit cependant une logique parfaite du scénario, alors je continue d'applaudir et j'espère que vous ferez de même.

 

The Artist nous ouvre enfin les yeux, l'ère du numérique et ses conséquences étant bien de notre temps, et laissant au film un goût d'un quelque chose bien actuel.

 

Encore Bravo !

 

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Si cette ovation écrite ne vous suffit pas - et si vous ne l'avez pas encore vue -  la bande annonce vous donnera une envie irrésistible d' allez faire un tour à la fin des années vingt, et laissez la magie du cinéma faire son effet.

 

 

 

  Mallorie Lowenda Lambilliotte

 

Conseil en salle : le film est diffusé dans la grande salle ( ancien Dôme ) à La Défense (92), mais comptez environ 10 € la place si vous n'avez pas la carte UGC ou un tarif préférentiel.
La place à 3,90 € pour les étudiants au cinéma MK2 ( métro 14, station BFM ), environ le même prix sur Paris dans quelques cinémas comme celui des Gobelins.

Publié dans Culture Ciné

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