Marine Le Pen : retour sur ses dernières interventions

Publié le par A La Une : Liberté

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Il y a quelques mois on parlait de la dédiabolisation par Marine Le Pen du Front National, pendant que France 2 par exemple lançait un documentaire sur son père Jean-Marie, intitulé en partie "Le diable".

 

Depuis, Marine Le Pen relance l'image forte de son parti, elle ne revient pas sur les fondamentaux comme nombre de médias peuvent l'annoncer, au contraire, et c'est là où elle est intelligente : elle garde la stabilité de son parti, et des électeurs fidèles, en innovant, se posant comme mère compréhensive et femme active,  et lançant dans le débat les questions qui préoccupent une grande partie des Français : à qui va l'emploi ? pourquoi dépendons-nous tant des grandes entreprises ? Pourquoi nous n'avons pas d'emploi quand des dits "étrangers" en ont dans notre pays ? Sans parler de l'euro : ah il nous embête celui-là.

Bref : bien joué sur la communication. Mais dans le fond qu'il y a-t-il ? Les médias reviennent surtout sur un droit de femme bafoué avec le non remboursement de la contraception et de l'IVG, une politique coûteuse de sortie de l'euro, sans compter une non compréhension des discriminations quant à l'ethnie et aux croyances religieuses, un irrespect des autres idées et partis politiques, et une haine quoi que le plan comm' veuille faire croire à son auditoire.

Seulement, le Front National fait fort : il détourne les questions, inventant puis répondant à celles qu'il connaît, celles qu'il peut défendre, souvent sans chiffre envisageable à l'appui, mais de nombreux sondages ( index sur le pouce lié au discours). Bref le FN veut s'imposer, se faire comprendre, et pour cela il montre qu'il a compris pour être sûr qu'on le comprend : Bref on a compris.

 

Surtout, on peut s'effrayer : le FN s'approprie les thèmes débattus par la population, ce qui le dérange, ce qui l'arrangerait. Et nombre de ces thèmes sont intéressants dans le débat. Ainsi, la santé qui est désormais permise aux plus riches, le prix du gaz et de l'éléctricité, l'alcool et la drogue au volant, le permis à point et les radars... Bref de quoi faire rallier des jeunes, des seniors et toujours, les agriculteurs, mais sans donner de solution, et encore moins une réaliste. Une solution qui ne comprend pas tous les Français, et une définition du "Français" justement très maléable et très irrégulière.

Et tout est dans la nuance chez les Le Pen, ou comment s'en sortir avec les mots. Marine Le Pen a toutefois ce que son père n'avait pas : une force tranquille. Si on la compare parfois à une poissonnière - elle est désormais détrônée par Nadine Morano sur ce point - elle n'a pas cette violence physique et cet air dur qu'avait son borgne paternel.On voit bien là l'avocate qui a appris à plaider, ne serait-ce que dans la manière de se déplacer, dans sa gestuelle, son ton quand elle est à ça de faire ressortir son "elle" intérieur. Bref. Dans son projet - même si elle a un projet économique à montrer - si des idées peuvent sembler bonnes (en même temps d'un extrême à un autre), on voit qu'il n'y a que du flanc : le projet n'est pas totalement mesuré, pas totalement compris, et on ne peut s'en donner les moyens. Aucune notion de mise en place n'est évoquée, pas une seule idée prouvant que tout cela peut être applicable, y compris sur la durée - non pas que tout devrait être applicable, très loin de là même. Mais Marine Le Pen fait fort: sous couvert de lutter contre toutes les discriminations et pour la laicité, le Front National réussi ce qu'il veut entreprendre : oublier la discrimination ethnique et religieuse de Français, qui ne sont pas considérés comme tels par le parti. Tout problème résulte de l'immigration - comme si elle était tujours clandestine et illégale - et toutes les solutions et bénéfices, désendettement et bonheur se trouve dans cette lutte. Pire : la "race", concept décridibilisé au 19è siècle, existe pour le Front National. Réplique sans commentaire ? Si la "race" n'existait pas, le mot "racisme" non plus. Voilà qui est intelligent. Mais juste un point : le mot racisme existe justement pour lutter contre l'idée qu'il existe une race, non pour lutter contre les discriminations "entre races humaines", lesquelles n'existent pas.

 

Mais l'image  se gâte quand les questions viennent des économistes et des associations anti-racisme. On retrouve alors le Front National qui acceptait il y a quelques mois encore l'invitation à un bal néo-nazi par le FPO à Vienne : parti autrichien d'extrême droite, entre autres contre la liberté d'expression de la presse.

 

Face à Jean-Luc Mélanchon du Front de gauche, dans " Des Paroles et des Actes" sur France 2 la semaine passée, la candidate refuse le débat. Quelques jours auparavant, elle avait de toute façon demandé si ils n'avaient vraiment personne d'autres pour débattre, le candidat étant un insulteur professionnel. Le débat fut effectivement inexistant, le candidat de gauche ne voulant céder à la demande de Marine Le Pen : s'excuser en direct auprès électeurs du Front National. On assistait dès lors à un bon quart d'heure de spectacles, entre fausses insultes, sourires bien chauvins dans les deux cas, chacun fier de son pic. On salue alors Mélanchon de ne pas s'être laissé dominé, et d'en profiter pour donner des points de vue idéologiques bien nécessaires dans ce "débat".

Sur Europe 1, quelques jours plus tard, la candidate retourne sur ses thèmes "fun" de l'éducation et de la conduite, et réplique à Anne Romanoff et sa chronique "rouge vif" : pourquoi ne pas créer une association pour les Français victime de racisme anti-blanc ? Ah, ça c'est une idée... Ah oui, car SOS Racisme voyez-vous, il paraît qu'ils ne traitent pas tous les racismes de la même manière (j'irai leur demander promis).

Enfin, le débat qui était le plus attendu ces dernières semaines restait celui face à Laurent Ruquier sur France 2. L'animateur avait jusqu'alors refusé de recevoir Marine Le Pen dans son émission, mais Présidentielle et temps de parole oblige, l'animateur a fait sa grande première en y invitant la candidate.

Je vous laisse regarder ce débat très intéressant, mais je le reprendrai bien sûr quand j'aurai un peu plus de temps.

Bref, Marine Le Pen fait peur car elle joue le jeu, et à force d'éviter les réponses et à force de la laisser jouer sur certains thèmes sans donner de réponse, on la laisse ne pas montrer le côté sombre du Front National et on laisse la flamme gagner du terrain.

 

Jeudi 1er mars, la candidate annonçait n'avoir que 452 parainages sur 500 demandés à la mi-mars pour se présenter officiellement dans la campagne présidentielle. Elle rappelait alors que ce parti au courant fort devait être représenté - jusque là, même si on n'est pas d'accord, pour des valeurs républicaines on ne peut qu'être d'accord. Cependant, la chambre constitutionnelle a refusé sa demande de révision du système de parainage. La voici donc repartie à la course aux parainages, plaidant qu'elle doit même annuler certains meetings, les banques lui refusant certains prêts tant qu'elle n'a pas cette promesse de continuité à l'appui. Tiens, voilà ce qui manquait : la Marine Le Pen qui connaît les problèmes du bas peuple.

A suivre...

 

 

 

Mallorie Lambilliotte

Publié dans Actualité Politique

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simon-schwartz 06/03/2012 15:27

article bien conçu,et réfléchit- mais ne jetons pas trop la pierre à Marine LE PEN, qui ne dit pas que des absurdités,mais aussi matière à réfléchir sur le devenir de notre pays-